Le 26 octobre 2019, par Larry Ménard
L’année dernière les branches des jeunes arbres du côté sud-est de l’église Saint Michel (le Camas, 5ème), les féviers d’Amérique, descendaient très bas, touchant même le trottoir; depuis plusieurs mois les piétons étaient obligés de les contourner, réduits à marcher sur la chaussée. Rien d’anormal pour Marseille où un laisser-aller considérable de l’entretien de l’espace public se voit partout.
Cet espace abandonné par les services publics attendait que l’on s’ en occupe. Mais l’intervention citoyenne dans les espaces collectifs pour les améliorer est une pratique plutôt étrangère et nouvelle aux moeurs françaises, contrairement à d’autres cultures.
La motivation d’agir tout seul m’est venue naturellement, en étant (binational) originaire de la Californie où j’ai été jardinier paysagiste. En tant que professionnel là-bas pour des clients en maisons individuelles, c’était leur responsabilité, et donc la mienne, de maintenir en bon état le trottoir et le caniveau; en fait, je faisais en plus l’entretien de deux “public paths” (escaliers publics) dans les collines de Berkeley avoisinant mes clients. (Il y a même un groupe citoyen bénévole, the Berkeley Path Wanderers Association, qui aide la ville à entretenir les chemins publics).
Dans les années 1990, de nombreux quartiers de Berkeley, désireux de verdir leurs quartiers, de créer des espaces communs et un sentiment de communauté dans un monde de plus en plus dépersonnalisé, ont proposé à la ville la création de mini-parcs, ainsi que de ronds-points paysagers, dans lesquels les habitants seraient les principaux participants à tous les aspects du processus, en influençant la conception réalisée par les architectes paysagistes et surtout en effectuant une grande partie de l’entretien.
J’avais quitté un quartier à Berkeley où le “neighborhood association” (l’équivalent d’un CIQ), avec le soutien de la ville, avait converti un grand terrain de stationnement de voitures en mini-parc, une transformation superbe suite à un processus très démocratique. Ce mini-parc, sauf la pelouse, est auto-géré par les voisins. Dès sa création et pendant cinq ans j’ai été le chef de l’équipe de l’entretien de ce parc du voisinage nommé Halcyon Commons.

Sur la rue Halcyon Court l’immense parking a été créé par l’élimination du ligne de tramway de Telegraph Avenue (que Jack London prenait au début du 20ème siècle); après la 2ème guerre mondiale les transports en commun ont été massivement supprimés aux USA en faveur de l’automobile, grâce à une campagne concertée des industries automobiles et pétrolières.
L’emplacement il y a 25 ans de ce magnifique parc de voisinage au milieu d’une vaste étendue stérile et chaude d’asphalte améliore dramatiquement la qualité de vie (naturelle et sociale) du quartier.
Quelle bonne expérience de travail collectif positif! Halcyon Commons, a été inspiré par un voisin urbaniste qui a ensuite promu le jardinage dans l’espace public par les résidents à l’échelle de la ville par la création de Berkeley Partners for Park. Un autre voisin, architecte paysagiste pour le East Bay Regional Park District, a fait gratuitement la très bonne conception paysagère du mini-parc avec des plantes méditerranéennes pour créer un espace très agréable selon les objectifs prédominants exprimés par le voisinage.
Voir les articles: Le bénévolat dans les espaces verts en Californie et Préservation des espaces verts dans la région de la baie de San Francisco.
En arrivant à Marseille en 2005 avec mon épouse native du quartier Saint Pierre, nous avons été confrontés à une réalité très différent en termes de relation aux espaces en commun, de l’incorporation de la nature en ville et sa préservation en périphérie, et de l’écologie en général à celle qui prévaut dans la Baie de San Francisco: l’indifférence généralisée des Marseillais, renforcée par leur sentiment d’impuissance dans un système qui manque de démocratie. J’ai appris que le Comité d’Intérêt de Quartier Longchamp soutenait un projet de construire un grand parking sous le Jardin Zoologique du Palais Longchamp qui nécessiterait l’abattage de tous les arbres existants au-dessus, éliminant la possibilité d’avoir des arbres dans ce secteur. Une proposition inconcevable pour n’importe quelle culture évoluée! Quel rapport à la nature!
A Marseille nous nous sommes retrouvés réduits à lutter contre la destruction et privatisation des parcs en joignant des collectifs créés pour défendre l’intérêt commun: S.O.S. Longchamp, puis Laisse Béton. C’est déprimant d’avoir à lutter, surtout en vain, pour essayer de préserver le peu de verdure qui reste en centre ville, une véritable jungle de béton. La disparition du parc du 6ème, le Square Michel Levy, a été, encore une fois, approuvée par le CIQ du quartier. Je ne considère pas le nouveau jardin, d’une si mauvaise conception, sur le toit du parking souterrain comme digne d’être appelé parc.
Il y a plusieurs années j’ai manifesté avec un petit groupe de SOS Longchamp à l’extérieur de la mairie des 4ème et 5ème arrondissements contre le parking souterrain proposé. Quand Marie-Arlette Carlotti est sortie de la réunion, elle a relaté que Bruno Gilles a dit qu’il “se fichait de ce que le Californien pense”. C’est mon expérience globale à Marseille.
Fatigué de toujours faire de la politique négative, anti-, je cherche des choses positives à faire pour améliorer la qualité de la vie. Il y a sept ans à peu près, inspiré par le mouvement citoyen de “rues vertes”, j’ai été le premier dans mon voisinage de créer un jardin en pots devant notre bâtiment. Cette installation n’était pas du bricolage minable, mais a été planifiée. Il y avait neuf grands pots en terracotta (enchaînés ensemble) avec arbustes et couvre-sols: deux laurier-tins, deux nandinas, deux agapanthes, deux fuchsias rustiques, un jasmin étoilé, vrai géranium, petite pervenche, campanule, etc. J’ai eu 300 euros de dépenses. Les plantes étaient alignées contre le mur, ne dépassant pas les marches des entrées des résidences; donc, elles ne gênaient pas du tout le passage.
C’était un embellissement de notre rue, qui est sale et stérile même en considérant le jardin au coin que j’évite de regarder parce que toutes les plantes sont régulièrement mutilées, massacrées, à la française. J’ai fait une scène dans la rue il y a deux ans quand le jardinier professionnel français a totalement décapité le chêne vert; c’était une “taille esthétique”, selon lui, tout-à-fait normale d’un arbre déjà déformé, auparavant taillé en grand topiaire, en forme cylindrique. Quel horreur! Quel arnaque pseudo-professionnel.
Voir l’article: Abattage d’arbres pour rivaliser avec les voisins
L’accueil de mon jardin public par le voisinage a été mélangé. J’ai remarqué que certaines personnes n’aimaient pas trop cette acte révolutionnaire, le changement, ou moi, tout simplement, un immigrant qui a l’audace de m’impliquer dans la vie du quartier. (Je rencontre sans cesse la xénophobie; j’aurai toujours un statu d’infériorité). Pourtant, la réaction d’une partie du public était positive; j’ai reçu quelques compliments.
Mon essai serait de courte durée. Les problèmes et les dégâts étaient fréquents. Les chiens pissaient sur les pots. Les fumeurs les utilisaient comme cendriers. Des branches ont été cassées, des fleurs cueillies, des couvre-sols et du terreau volés. Finalement, après trois mois des jeunes se sont fait plaisir en arrachant toutes les plantes pour les jeter dans la rue. Comme on aime la nature à Marseille! Je suis arrivé en temps heureusement pour sauver toutes mes plantes, qui sont maintenant bien protégées, la plupart plantées dans le jardin d’ornement dans la cour derrière que j’ai réalisé en tant que locataire.
Depuis l’imposition il ya 5 ans d’un grand bâtiment avec supermarché en face de chez nous sans aucune consultation des voisins à la place d’un magasin de vente de voitures Renault, la rue est devenue très sale. J’ai commencé à bien balayer le trottoir et le caniveau devant quatre résidences. Je ne supporte pas le “litter” ( il n’y a pas un mot spécifique pour ce concept en français), ce qu’on appelle les déchets dans la rue, surtout les mégots jetés partout, dont beaucoup finissent dans la mer.
Il y a deux ans quand les trottoirs avait été couverts de gravier goudronné après l’asphaltage de la chaussée et en sachant que le cantonnier ne ferait pas grande chose, j’ai décidé d’enlever tout ce gravier de notre côté de la rue de Verdun d’un coin à l’autre, du trottoir, du caniveau et de la chaussée, un travail qui a pris deux heures. Curieusement, après des années de mes nettoyages périodiques, j’attends toujours la première personne à me remercier. Les gens passent, leurs visages vides, sans me regarder du tout, comme si je n’existais pas. Bizarre cette culture atomisée et anonyme!
J’ai fait une campagne auprès du gérant du supermarché pour éduquer ses employés, dont beaucoup sont des fumeurs qui jettent leurs mégots devant chez nous, des effets néfastes des mégots et de la nicotine pour la vie aquatique. Je lui ai donné des copies de documents explicatifs pleins de statistiques impressionnantes. Le résultat positif de mes efforts est que quelques employés ont été réformés; d’autres restent très hostiles envers moi.
L’année dernière quand j’ai finalement osé sur la Place de l’Archange (l’Eglise St. Michel) couper les branches basses de quatre féviers (espèce originaire du mid-ouest des Etats-Unis); j’ai fait le travail un dimanche après-midi exprès pour éviter toute autorité publique. Les Marseillais qui passaient étaient soit glacialement indifférents, soit même gênés par ma présence sur mon échelle, avec mes scies à main et à perche. Quels gens ingrats je pensais; je suis en train de libérer le trottoir pour eux, les piétons. Il y avait deux exceptions notables, deux femmes originaires de Paris qui ont tout à fait compris en me voyant pourquoi j’étais là et elles m’ont remercié chaleureusement. Une m’a donné une bouteille d’eau. Les branches coupées, je les ai laissées bien rangées contre le mur de l’église. Ce travail m’a pris deux heures en tout.

Deux semaines plus tard, j’ai entendu des tronçonneuses en marche près de l’église. J’ai conclu que j’avais réussi à faire honte à la mairie, (un de mes objectifs) qui a enfin envoyé une équipe d’arboriculteurs. Ils se sont occupés d’abord de deux féviers près de l’entrée de l’église (que je n’avais pas touché). Quand je suis arrivé sur place ils venaient de finir de faire quelque chose que je voulais faire moi-même depuis plus de dix ans: couper les branches basses d’un chêne vert qui empêchait la circulation piéton et l’accès aux conteneurs de recyclage sur le trottoir/ îlot au milieu de trois rues derrière l’église sur le Camas.
Ce chêne vert en mauvaise santé pousse extrêmement lentement en étant entouré jusqu’au tronc par une surface imperméable. J’ai la fantaisie depuis des années de casser et enlever ce béton épais de 15+cm., mais je ne le ferai pas. Comment est-ce qu’on peut maltraiter un arbre ainsi? Je n’ai jamais vu cette pratique courante déplorable, le pavage jusqu’au tronc, ou le massacre des arbres généralisé, surtout les platanes, avant de venir en France.
Très citadin, le Marseillais ne discerne pas la nature en détail; il n’est pas très observateur. La preuve: la vaste majorité, y compris beaucoup des écologistes que je rencontre, sont aveugles à l’omniprésence de l’ailante (Ailanthus altissima), arbre hyper envahissant, originaire de l’Asie du Sud-Est, qui a colonisé toute la ville, les terrains vagues, les chemins de fer, les autoroutes, les trottoirs, les jardins et les parcs, (en fait, l’Europe), un phénomène inexcusable. Le Palais Longchamp est infesté grâce à l’incompétence des services municipaux. C’est un fléau pour l’horticulture et la nature; il y a une énorme invasion et élimination de la flore indigène en train de se passer, juste comme se passe dans le Var avec l’acacia (appelé à tort mimosa dans ce pays). Bien implanté, l’ailante est très difficile, sinon impossible, à éradiquer. Y a-t-il des Marseillais qui s’inquiètent comme moi? Je n’en ai pas trouvé jusqu’au présent. La ville de Rennes, la Corse et la Suisse ont des campagnes contre cette envahisseur.
Voir l’article: L’ailante: arbre exotique envahissant, un fléau pour le jardin et la nature à Marseille et ailleurs.
Il y a un mois j’ai encore une fois taillé les branches bases des féviers de l’église. J’ai été remercié par une personne, un immigrant comme moi.
Cet été, malheureusement, quelqu’un ou quelques-uns, évidemment aliéné(s) de la nature a (ont) frappé à répétition les troncs de trois de ces féviers, les blessant gravement, enlevant l’écorce (un mètre de long), mettant en péril leur vies. Il n’y a que moi qui semble être préoccupé par leur sort.

Il faut aussi préciser que c’était grâce à la négligence de la ville que les armes employées ont été fournies: les tuteurs d’arbres en bois, (sans attaches, qui ne servaient plus à rien depuis des années, les arbres étant déjà grands), ont été laissés à pourrir en terre plutôt qu’être enlevés. Pas très joli! C’était une invitation aux délinquants à les convertir en battes. Il est probable que je vais finir par enlever moi-même les tuteurs et les grillages autour de certains arbres qui commencent à bien serrer les troncs, menaçant de couper le cambium.
Est-ce que je vais continuer à agir dans cette culture si irrespectueuse de mes efforts? Récemment, après avoir encore passé une demi-heure à balayer une section de la rue de Verdun devant ma résidence, enlevant chaque petit morceau de verre cassé et des dizaines de mégots, le matin suivant j’ai trouvé encore une quinzaine de mégots par terre, jetés exprès par certains employés pour me remercier. C’est tellement gratifiant!
Addendum 1 Depuis l’écriture de mon récit, j’ai enlevé les tuteurs et les grillages autour des quatre arbres du côté de la rue du Camas. Ça serait bien de planter des couvre-sols appropriés en bas des arbres – pas comme on vient de faire à la Place Jean Jaurès: des chênes kermès trop grands (1-3m) et très piquants à côté des bancs, des myrtes tarentines trop grandes (2-3m), ou des cistes trop fragiles et de courte vie. Quelle ineptie et quel gaspillage d’argent! Si j’avais des alliés, et l’autorisation de la ville, je planterais des couvre-sols avec des barrières, et ferais l’entretien après.
Addendum 2 (le 30 mars 2020) Autour d’un des féviers d’Amérique quelqu’un s’était débarrassé de tommettes.

Je réitère: un groupe du voisinage motivé pourrait bien améliorer cette place stérile en plantant des couvre-sols tolérants de la sècheresse, protégés par des barrières. Trois personnes qui habitent près de l’église m’ont dit que des plantes couvre-sols seraient volées, arrachées ou piétinées à mort; ils ont peut-être raison, mais avec ce genre de raisonnement, rien ne change non plus.
Pendant plusieurs mois les cantonniers, avec leur centre à dix mètres, n’ont rien fait. Il y a deux semaines je me suis occupé de nettoyer et de désherber. Suspectant qu’il devait y avoir du béton sous la surface car après la pluie l’eau s’infiltrait très lentement et l’arbre avait été planté bien excentré, je me suis mis à explorer. J’ai trouvé que sous quelques centimètres de terre il y avait une bonne épaisseur de béton que les jardiniers qui avaient planté l’arbre avaient laissée, ce béton caché couvrant la moitié du carré. Voulant que l’arbre pousse bien, j’ai passé deux heures à casser ce béton, enlevant dix seaux.

Addendum 3 (le 1 mai 2020) Juste après la bonne pluie récente, j’ai examiné le févier d’Amérique que j’ai libéré du béton; l’eau s’est bien infiltrée.

Travail réussi! En revanche, les trois arbres voisins avait toujours des centimètres d’eau.

Je n’étais pas du tout étonné parce que les maçons qui viennent de travailler sur la restauration de la façade de l’église ont versé (comme d’habitude) de grandes quantités de rejets liquides dans les carrés de ces arbres, les surfaces bien blanchies par la résidu. Ça sera mon prochain projet de dépollution.
Addendum 4 (le 5 juillet 2020) Depuis la fin du confinement, j’ai repris mes projets d’entretien des deux espaces laissés à l’abandon que j’ai adoptés. A l’église, j’ai apporté de la bonne terre pour le carré du févier que j’ai dépollué. Afin de réduire la production continue des déchets autour des quatre arbres derrière l’église que je nettoie depuis plus d’un an, (les mégots, les papiers, les capsules de bouteille, les excréments de chien), j’aborde les personnes que je voir salir le coin ainsi que les propriétaires de chiens pour les dissuader de persister dans leur comportements antisociaux.
Comme les deux années précédentes, j’ai taillé les branches basses des féviers d’Amérique qui commençaient à gêner le passage des piétons et des voitures, y compris devant l’église pour la première fois. Les deux carrés de ces féviers à l’entrée de l’église avaient toujours une tuteur en bois et étaient pleins de verre cassé, ce qui ne dérangeait personne depuis des années sauf moi. J’ai coupé les deux tuteurs et j’ai méticuleusement nettoyé la terre; pendant que je rendais la place propre, les gens assis sur les bancs ne m’accordaient aucune attention.
Depuis un an, je cherche des personnes intéressées par mon objectif de planter et entretenir des couvre-sols sous les féviers (avant de contacter la ville, le C.I.Q. et la mairie de secteur avec un projet concret); j’ai déjà trouvé plus de dix personnes qui pourraient participer. Je dois néanmoins réévaluer mon initiative parce que j’ai vu comme proposition pour les élections municipales, “la requalification de la Place de l’Archange”, et ceci, de la part de Bruno Gilles. Comment le vent tourne. Et avec le nouveau régime politique de la gauche verte on peut être plus ambitieux. Marseille peut évoluer et sortir de sa stagnation, quoique lentement, si un certain nombre de gens sont motivés et capables de surmonter le cynisme absolu qui règne, en rejetant le dicton que j’entend sans cesse, “A Marseille rien ne peut changer”. Par contre, dans la Baie de San Francisco, on n’a pas cette mentalité ultra-pessimiste et de ce fait, la culture est dynamique.
Si on fait une recherche sur Google de “Halcyon Commons”, et clique sur Images, on peut voir des photos du mini-parc créé par le voisinage suite à un long processus harmonieux de concertation de tout le monde pour établir les objectifs: du brainstorming, des réunions pour discuter, des questionnaires pour chaque résident etc. Puis, c’était le travail bénévole de plusieurs experts du voisinage; un architecte paysagiste (qui travaillait pour le East Bay Regional Park District) a fait le plan en détail, avec l’aide d’un architecte et d’un urbaniste qui a eu l’inspiration initiale. Après la plantation, l’Association du Voisinage de Halcyon m’a demandé de mener l’équipe d’entretien, mon expertise. Je me demande si une telle initiative qui requiert le respect mutuel et la coopération serait réalisable à Marseille.
Je préfère l’approche, bien délibérée et réfléchie de Halcyon Commons, de Schoolhouse Creek Park et d’autres parcs autogérés du mouvement citoyen de Berkeley Partners for Parks à l’approche contre-culture de People’s Park, trop anarchique. Les résultats ne sont pas comparables. Ici, à Marseille, beaucoup de gens sont de tendance People’s Park. Les jardins de la rue reflètent cette tendance de spontanéité sans trop planifier, le plus souvent au détriment des qualités esthétiques.
La conception d’un jardin ou espace vert est une affaire très compliquée, en termes d’horticulture et de design. En général, les professionnels à Marseille ne sont pas très compétents. Il n’y a rien que j’ai vu dans cette ville qui m’impressionne vraiment.
Addendum 5 (le 28 août 2020) A l’Eglise Saint Michel, je continue la dépollution des quatre féviers, l’un après l’autre, cette fois-ci le deuxième arbre dont la terre était presque imperméable, restant bien saturée après la pluie . D’abord, j’ai enlevé une profonde épaisseur de ciment, plastique et détritus divers sur la surface, des produits résiduaires versés par les maçons pendant la restauration de la façade. Ensuite, il y avait une fois de plus beaucoup de béton sous la surface à casser et à emporter, une tâche dure. J’ai apporté de la bonne terre pour rétablir le niveau.

Addendum 6 (le 8 février 2021) Je suis depuis toujours ambivalent au sujet de mes interventions individuelles à Marseille avec sa culture “spéciale”, (un euphémisme pour dysfonctionnelle). J’hésite à poursuivre mon projet de réalisation collective et en ce moment je suis enclin à tout à fait abandonner mes efforts d’améliorer la Place de l’Archange.
Malgré mes exhortations à répétition aux propriétaires de chiens, qui pensent avoir le droit de laisser déféquer leurs chiens sur la terre autour les arbres, et également aux ivrognes qui font la fête et jettent leurs capsules de Heineken, leurs mégots, et parfois leurs bouteilles (verre cassé) partout, rien ne change.

Je nettoie régulièrement, mais l’espace public est peu respecté. Planter et entretenir des couvre-sols sous les arbres, vu ces comportements anti-sociaux si ancrés et incontestés, serait une perte d’efforts. Si on regarde par exemple les plantations récentes devant la Gare de la Blancarde, à la Place Charles de Gaulle et à la Place Jean Jaurès, on remarque qu’on permet aux chiens et aux enfants de franchir les barrières pour tout piétiner, qu’on a arraché et cassé beaucoup de plantes, et qu’on salit constamment.
Addendum 7 (le 10 décembre 2021) Quant à mon idée de monter un projet collectif de jardins à l’Eglise St. Michel, la réalité triste d’une culture dépourvue de civisme m’oblige de l’abandonner. Les nouveaux platebandes du Jarret, de La Plaine, de la Place Charles de Gaulle, etc. sont régulièrement saccagées. Si on demande aux propriétaires de chiens ou de parents d’enfants de les empêcher de piétiner les plantes malgré les barrières basses, on est regardé comme un fou. Pour mon projet, j’ai sollicité la participation de nombreux voisins, mais une seule personne était vraiment intéressée. Donc, je dois me résigner au fait que Marseille n’a rien à voir avec la Californie. Cette ville ne progresse pas. Je ne veux pas gaspiller mon temps pour une culture si méprisante de l’espace en commun, qui justement ne mérite rien de meilleur. De toute façon, je n’ai jamais vu quelqu’un s’arrêter pour admirer la beauté des plantes dans cette ville remplie de visages vides.
Addendum 8 (le 29 juin 2022) A l’Église St. Michel les développements récents ont complètement confirmé ma décision d’abandonner l’idée d’un projet collectif.
Tout d’abord, quelqu’un a encore une fois versé du ciment autour d’un des féviers d’Amérique que j’avais précédemment dépollué. De plus, ce jeune arbre est déjà en mauvaise santé avec de la sève qui coule du fond du tronc.


Ensuite, un des trois féviers qui a subi une attaque à la batte de bois vient d’être colonisé par des fourmis, qui ont percé des trous dans les plaies où l’écorce protectrice est absente.


Cet hiver, trois féviers supplémentaires ont remplacés les trois platanes adjacents morts depuis plusieurs années. Cependant, la plantation a été faite de manière primitive.
Des gravats de béton, d’asphalte, et d’autres déchets ont-ils été laissés juste sous la surface comme avant à proximité? Fort possible. Les surfaces n’ont même pas été nivelées pour encourager l’infiltration de l’eau.
Les arbres ont-ils été plantés de niveau, de sorte que le tronc n’est pas du tout enterré? Je n’y crois pas. Je ne distingue aucun évasement du tronc d’arbre au niveau du sol.
Je viens d’aller à l’église pour vérifier si les féviers ont été plantés correctement sur le plan horticole, c’est-à-dire au niveau du terrain, avec de grosses racines près de la surface. En creusant avec mes mains autour de deux arbres à une profondeur de 20 cm., je n’ai pas du tout rencontré de racines, parce que les mottes de racines ont été beaucoup trop profondément enterrées.
De grosses racines devraient être idéalement présentes entre 2,5 et 5 cm de la surface pour faciliter la respiration des racines, qui poussent horizontalement. Trop profondes dans la terre, les racines manquent d’air du sol pour absorber assez d’oxygène, une mauvaise condition pour la croissance et la santé.
En plus de la réduction de la capacité respiratoire du système racinaire, le tronc est enterré par beaucoup de terre puis par 20 cm de mulch (paillage), une mauvaise pratique qui peut écourter la vie d’un arbre.
On a mis du mulch, ce qui est très bien, mais il est trop profond et avait été répandu jusqu’au tronc, le touchant, ce qui devrait être évité. Le mulch retient une humidité excessive contre l’écorce, créant ainsi des conditions favorables à la décomposition de l’écorce, ce qui permet aux champignons, aux bactéries et aux insectes de pénétrer sous l’écorce et d’endommager l’arbre de l’intérieur. L’écorce doit être exposée à l’air pour fonctionner correctement et protéger le tronc. C’est encore pire d’enterrer un tronc avec de la terre.
Voir l’article: Les arbres enterrés: une tendance
A propos des trois nouveau féviers, il n’y avait aucune taille de forme initiale faite pour rétablir une bonne structure de branches; il y a des branches mortes, des branches qui vont dans tous les sens, qui se croisent et qui vont vers l’intérieur.


Un des trois féviers a manqué d’arrosage; donc, un côté a beaucoup de branches mortes.

Finalement, même une des bordures en bois massif a été assemblée n’importe comment. Plantation pathétique!

Et maintenant les branches des arbres établis descendent très bas et commencent comme chaque été à obstruer le passage. Les branches inférieures ont été cassées pour faciliter le passage.

Je ne ferai aucune taille cette fois-ci; pour moi, c’est terminé. Marseille ne vaut pas la peine.
Addendum 9 (le 23 juillet, 2022) A l’église St.Michel des jardiniers viennent de déterrer le tronc d’un des trois nouveaux féviers d’Amérique. Autour de celui, j’ai creusé encore pour bien exposer le tronc. Il a été planté au moins 30 centimètres trop profond. L’écorce est fendue verticalement plusieurs fois. L’arbre ne prospérera pas et ne vivra pas longtemps.


Pour les deux autres, on a peut-être aussi prononcé une sentence de mort prématurée en les enterrant si profondément. Et pour tous les autres arbres nouvellement et mal plantés dans cette ville, vont-ils survivre longtemps?
Addendum 10 (le 23 février 2024) L’automne dernier, les féviers d’Amérique ont à nouveau été taillés pour des raisons fonctionnelles, sans souci d’esthétique. De plus en plus inesthétiques après chaque nouvelle mauvaise taille, il ne servirait à rien d’essayer d’embellir le site en plantant des plantes couvre-sol, qui seraient de toute façon piétinées à mort comme ailleurs localement.
Apparemment, pour faciliter le passage des camions sur la chaussée, un nombre considérable de branches inférieures ont été supprimées ou raccourcies, laissant de minuscules branches minces qui partent souvent à angle droit. Une fois de plus, aucun travail de détail n’a été effectué à l’intérieur pour améliorer la structure. Il n’y a pas eu d’enlèvement sélectif des branches qui se chevauchent, se croisent ou poussent vers l’intérieur.
Vers la fin de l’élagage, je suis arrivé sur la scène, où j’ai rencontré et brièvement conversé avec un superviseur qui était venu surveiller le travail. Mais à part moi, personne ne semble remarquer la laideur ou s’en soucier.





Addendum 11 (le 5 avril 2024) J’ai enquêté pour déterminer la source de cette pollution de plâtre de la surface, où auparavant j’avais travaillé dur pour enlever du béton massif enterré pour faciliter le drainage de ce févier d’Amérique. Informé par les gens qui traînent sur place qui était le coupable, j’ai confronté l’employé de l’entreprise de construction située à proximité. Cet homme ignorant a affirmé que ce qu’il avait jeté était acceptable, n’étant que de l’argile, niant que c’était une pollution du sol. J’ai contesté son affirmation absurde, insistant pour qu’il la supprime, sinon je la signalerais à la ville. Bien sûr, il ne s’est pas conformé, puisque les lois à Marseille sont faites pour être violées en toute impunité. Ce n’est pas la première fois où de tels déchets ont été déversés au pied des deux arbres à proximité de l’entreprise.
Devenu de plus en plus ambivalent et cynique à l’idée d’essayer de faire quelque chose de positif à Marseille, je n’ai pas agi immédiatement. Je ne m’attendais même pas à avoir une réponse, mais la mairie a réagi rapidement, ce qui m’a rendu content. Voici l’échange de courriels que j’ai eu :
Le 1 avril 2024, moi: “Je voudrais attirer votre attention sur la pollution du sol entourant un arbre de l’Eglise St Michel par une entreprise située au 12 Place de l’Archange. Début février, un employé de cette entreprise du bâtiment a déversé du plâtre au pied d’un févier d’Amérique, recouvrant la majeure partie de la surface. Après avoir appris qui était responsable par des témoins de l’incident, j’ai confronté l’employé à l’entrée de l’entreprise et lui ai demandé d’enlever cette substance et de cesser de polluer à l’avenir. Il n’était pas du tout réceptif, insistant que le plâtre n’était que de l’argile. Sachant qu’il ne ferait rien, je l’ai informé que je contacterais la ville comme je le fais actuellement.
Cette entreprise a probablement été à l’origine d’un certain nombre d’incidents antérieurs de pollution du sol des deux feviers situés à proximité, y compris le déversement de tommettes.”…
Le 4 avril, la réponse:
“Bonjour Monsieur,
A notre demande la Police Municipale c’est rendu sur place hier après-midi pour un rappel à la réglementation.
L’argile a été retiré par l’entreprise qui c’est engagée à ne plus se livrer à de telles pratiques.”A notre demande la Police Municipale c’est rendu sur place hier après-midi pour un rappel à la réglementation.
L’argile a été retiré par l’entreprise qui c’est engagée à ne plus se livrer à de telles pratiques.”
Cordialement”
Nom
Technicien Mairie 4/5
Division Espace Public
Gestion Urbaine de Proximité
Et Cadre de Vie Durable”
le 4 avril. Ma réponse immédiate avant de passer tout de suite à l’action:
“Bonjour,
Le plâtre est toujours sur place. Cet après-midi, je vais l’enlever moi-même et je vais mettre le sac devant leur établissement. De toute façon, ils auraient fait un travail superficiel et insuffisant. …”
Quand je suis arrivé avec ma pelle et mes sacs, Yann, l’un des hommes qui passent leurs après-midi de ce côté de l’église, a proposé de m’aider. Ils sont tellement plus gentils que les bobos arrogants qui détournent le regard ou quittent le trottoir quand je passe, moi, un citoyen âgé non menaçant. Ils apprécient mes efforts, réguliers dans le passé et moins fréquents à présent, pour améliorer l’espace public.



Hésitant à poursuivre un projet de quartier visant à planter des plantes couvre-sol sous ces quatre féviers établis ainsi que sous les deux situés à l’avant de l’église, j’envisage maintenant sérieusement de déterminer si cela serait possible. J’aurais besoin de collaborer avec un petit groupe de voisins et l’autorisation de la ville et de l’église. J’ai déjà commencé à compiler une liste de plantes couvre-sol appropriées, y compris des plantes résistantes.
(Liste en cours)
Couvre-sols appropriés à la plantation à la base des arbres Arbustes petits à moyens et plantes vivaces
Agapanthus praecox, A. africanus etc.: agapanthe
Artemesia: sauge Aspidistra elatior: aspidistre élevée #Bergenia cordifolia: bergénie à feuilles cordées #Campanule poscharskyana: campanule de Serbie Canna, hybrides: canna, balisier
Centhranthus ruber: valériane
Ceratostigma plumbaginoides: dentelaire
Cistus: espèces et cultivars
Convolvulus cneorum: liseron argenté (sol très drainant)
*Epilobum canum: fuchsia de Californie
Erica multiflora: Bruyère à fleurs multiples
Erigeron karvinskianus: vergerette
Euphorbia chariacas, E. rigida, E. myrsinites: euphorbe
Gaura lindheimeri #Geranium macrorrhizum: géranium à gros rhizome Graminées à grappes comme Stipa tenuissima Helleborus argutifolius: hellébore de Corse; H. lividus; H. x sternii Hypericum calycinum; H. coros. etc.: millepertuis
Iris germanica, I. unguicularis, etc: iris
Lantana montevedensis, L. camara: lantana
Lavandula, espèces et cultivars: lavande
*Lobelia laxiflora var. angustifolia: lobélie à fleurs lâches
Mahonia aquifolium ‘Apollo’, M. a. ‘Compacta’: mahonie à feuilles de houx
Nandina domestica, cultivars nains: nandina, bambou sacré
*Oenothera missouriensis: onagre du Missouri; O. speciosa: onagre rose
Osteospermum fruticosum: osteosperme
Phlomis fruticosa; P. italica; P. russeliana: sauge de Jerusalem
Rosmarinus officinalis, surtout variétés à port étalé: romarin
Salvia microphylla, S. chamaedryoides, S. greggii, hybrides: sauge arbustive
*Salvia spathacea: sauge colibri
Santolina chamaecyparissus: Santoline argentée
Satureja montana: sarriette
Stachys byzantina: oreilles d’ours
Teucrium flavum: germandrée jaunâtre
Teucrium chamaedrys, T. massiliense etc.
! Trachelospermum jasminoides: jasmin étoilé
*Vinca minor, *Vinca major: petite et grande pervenche #Viola labradorica: violette de Labrador
Grands arbustes (approprié uniquement s’il y a suffisamment d’espace)
! Leucophyllum frutescens: sauge du Texas
! Myrtus communis ‘Tarentina’: myrte de Tarente
! Pistachia lentiscus: lentisque
! Peut nécessiter une taille sélective fréquente *Rhizomateuse, se propageant rapidement sous terre, difficile à contrôler, supplantant d’autres couvre-sols bas. # Éviter la lumière directe du soleil, surtout l’été
Addendum 12 (le 1 décembre 2025)
Ayant une longue histoire personnelle de bénévolat dans les espaces verts publics, au mini-parc de Halcyon Commons à Berkeley en Californie pendant cinq ans dans les années 1990 et depuis six ans sur la Côte Bleue, où j’ai adopté une section du sentier littoral entre La Redonne et Figuières, en rénovant complètement le sentier, en dépolluant et en protégeant la nature autour, y compris l’élimination des graffitis, j’apprécie la façon dont ces expériences peuvent promouvoir les valeurs de création de communauté par l’implication et la coopération (Halcyon Commons) et de don désintéressé à la collectivité (Côte Bleue).
Voir les trois articles sur mon travail sur le G.R.51 : Sur la Côte Bleue un immigrant ose améliorer l’espace public qui manque d’entretien . Dépollution des débris de construction dans la vallée des Anthénors . Graffitis sur la Côte Bleue .
Aux États-Unis, où la participation du public à l’amélioration de l’espace public fait depuis longtemps partie de la culture et où la qualité des résultats immédiats et futurs et les coûts sont des facteurs fondamentaux, tout projet proposé doit être dirigé par des personnes compétentes, qu’il s’agisse de professionnels ou de citoyens accrédités.
Les bénévoles dans les parcs et jardins publics sont dirigés par des jardiniers municipaux certifiés, par des associations d’experts horticoles certifiées, par des “Master Gardeners” certifiés par des programmes d’enseignement universitaire rigoureux pour le grand public, par des architectes paysagistes et des entrepreneurs paysagistes certifiés. Les bénévoles des parcs nationaux sont encadrés par les “rangers” (gardes forestiers). Le U.S. Forest Service a mis en place un programme “Adopt a Trail” qui implique la formation de bénévoles pour garantir qu’ils sont compétents pour effectuer indépendamment un bon travail respectueux de l’environnement.
A Marseille, par contre, où l’art et la science de l’horticulture ne sont pas pris aussi au sérieux, l’autorisation aux néophytes est facilement accordée.
Pour illustrer la différence culturelle pour le respect de l’art de l’architecture paysagère, au Parc Longchamp en 2021 des écoliers étaient autorisés à concevoir un petit “jardin japonais”. Ici même les enfants sont considérés comme qualifiés pour concevoir un jardin, incroyablement même un jardin japonais. Quelle audace de permettre aux élèves et à leurs professeurs de faire la conception initiale! Quelle dévalorisation des belles traditions du jardinage japonais. Le consul japonais qui avait été officiellement invité à visiter le nouveau jardin a dû cacher sa déception.
La conception était très inauthentique contenant des éléments stéréotypés, conçue pour des résultats instantanés, sans considération pour les contraintes horticoles, notamment avec des rhododendrons qui sont rapidement morts, très rapprochés comme toutes les plantes. C’était un échec.


A Marseille, où la création d’un jardin est regardée comme une affaire facile, sans complexité, il y a un programme qui permet aux résidents sans aucune connaissance ni expérience en matière de jardinage ornemental de réaliser des espaces verts publics dans leurs voisinages. Ces jardiniers amateurs font généralement peu de recherches et de planification pour leurs jardins, souvent improvisés. Ils s’inspirent surtout de ce qu’ils voient et le reproduisent.
Ils plantent presque toujours beaucoup trop de plantes, la plupart du temps les mêmes espèces, qui deviennent trop volumineuses pour les espaces accordés, car l’impatience pour des résultats instantanés est endémique ici.
Alors que des commerçants individuels sans expertise avaient le privilège de réaliser des aménagements paysagers sur les grandes avenues, pour ma part, je devais être membre d’une association pour avoir l’autorisation de planter des couvre-sols aux pieds des féviers d’Amérique à l’Eglise Saint Michel, comme je l’ai appris il y a plusieurs années en discutant avec le maire de secteur Didier Jau.
Ayant essayé de susciter l’intérêt des habitants du quartier Le Camas depuis quelques années pour un tel projet communautaire, je n’avais trouvé personne qui était prête à s’engager réellement. J’étais dans une impasse.
A la Fête des Associations en septembre 2024, j’ai découvert un groupe écologique typique de la culture locale avec des ambitions irréalistes de verdir la ville, y compris la plantation de couvre-sols au pied des arbres, mon objectif. Un mois plus tard dans le centre écologique La Base, près de l’Église des Chartreux, je suis allé à une réunion de ce groupe qui se voit transformateur, Marseille en Transition. J’ai tout de suite eu une impression de déjà-vu, à l’image de mon expérience antérieure avec les Jardins Collectifs Longchamp, de personnes pour la plupart novices en écologie et ignorantes de l’horticulture de base.
Parmi leurs “pipe dreams” révolutionnaires, ils ont imaginé un corridor vert de plusieurs kilomètres entre La Base et l’Après M : la Ruée Verte, leur projet phare selon eux, ce qui aurait nécessité la participation active et soutenue des résidents qui n’ont pour la plupart absolument aucun rapport avec la nature ou intérêt dans leur fantaisie verte.
Au-delà de ce projet de verdure chimérique, ils avaient consacré beaucoup d’énergie à la création d’un paysage dans la partie à l’avant du parking de Share Wood (14ème), une entreprise offrant des cours de menuiserie aux amateurs qui peuvent fabriquer sur place leurs propres meubles. Conformément aux nouvelles tendances “hip and cool” , dans le jardin il y a bien sûr une forêt urbaine, des plantes comestibles et un potager, peut-être influencés par les principes de la permaculture. Peu de temps avait été consacré à la conception détaillée et à la préparation du site, comme en témoigne la présence du ricin commun, un arbuste africain très envahissant qui se propage par rhizome et par graines et qui aurait dû être éradiqué au préalable. Il est partout.
Comme on pouvait s’y attendre dans cette horti-culture branchée, il y a eu une tentative d’établir ailleurs un jardin suspendu consommateur d’eau et d’engrais qui n’a pas pu survivre à la chaleur estivale : toutes les plantes ont été frites.
Et finalement, le projet qui m’intéressait, la plantation de couvre-sols sous les arbres, a été une véritable débâcle. D’abord, six ou sept tilleuls du boulevard d’Arras en face de l’église des Chartreux ont été libérés de la surface de béton qui entourait leurs troncs, ce qui est louable. Ce qui a suivi a été un processus totalement incompétent dans lequel seules quelques plantes succulentes mal choisies pour l’ombre profonde des tilleuls, avec leurs systèmes racinaires voraces et superficiels, ont survécu. On peut trouver des listes de plantes appropriées pour les puits d’arbres, tolérant l’ombre et capables de s’établir dans la zone racinaire souvent dense à proximité des arbres, mais aucune recherche sur cette étape de conception essentielle n’était apparente.






Utiliser des matériaux recyclés peut être esthétique comme ce treillis personnalisé pour un mur d’un mètre de large que j’ai récemment conçu et construit à partir de bois récupéré d’un cadre de lit jeté dans la rue, de contreplaqué recyclé et de deux vieux supports métalliques pour étagères.


J’ai récemment aménagé toute cette terrasse avec des plantes dans de grands conteneurs pour une dame âgée de mon quartier, sans rien demander en compensation pour la conception et la main-d’œuvre ou pour les matériaux recyclés. Elle est ravie.
Ainsi, lors de ma deuxième réunion avec Marseille en Transition, j’avais déjà évalué leurs réalisations paysagères. Je n’ai pas fait mention de Share Wood, mais il m’incombait de critiquer diplomatiquement deux aspects des plantations de couvre-sol ratées : l’impact potentiellement délétère sur la santé des tilleuls en augmentant le niveau du sol au-dessus de la zone racinaire et l’impératif d’éliminer Ailanthus altissima lorsqu’il est encore jeune. J’ai fait référence à mes deux articles de blog sur le sujet : “Les arbres enterrés : une tendance” et “L’ailante : arbre exotique envahissant, un fléau pour le jardin et la nature à Marseille et ailleurs”.
Personne n’était réceptif et malgré la mention de ces graves problèmes à deux reprises plus tard dans un e-mail et une lettre, personne n’a lu aucun de ces deux articles très pertinents, ni ne semblait intéressé par la science de l’horticulture sur laquelle ils s’étaient basés. Les voix discordantes n’étaient pas les bienvenues dans leur groupthink, et une personne qui souhaitait visiblement que je quitte le groupe m’a traité de “polarisant”.
J’ai appris lors de cette réunion que les riverains du boulevard d’Arras, contraints de vivre avec les modifications minables, étaient extrêmement mécontents et que le CIQ avait pris rendez-vous avec le maire de secteur Didier Jau pour discuter de la situation. C’était selon moi une honte d’abandonner ce travail en cours dans un état aussi pitoyable. Quelle échec total!
Lors de la dernière réunion à laquelle j’ai assisté, tout a commencé par un vote pour continuer comme association malgré un abandon général de la grande majorité des membres précédents qui les avait réduits à seulement neuf personnes. J’ai proposé mon projet d’aménagement paysager autour de six des féviers d’Amérique de l’église Saint-Michel, en expliquant que je souhaitais planter des couvre-sols.
Le terme “couvre-sol” a été universellement accueilli avec incompréhension. J’ai d’abord pensé que cela était dû à ma mauvaise prononciation, mais après avoir répété la phrase à plusieurs reprises, j’ai réalisé qu’ils ne connaissaient pas cette catégorie d’aménagement horticole. De toute évidence, personne n’avait jamais consulté d’ouvrages ou de sites web classant les plantes selon leurs fonctions : arbres, arbustes, vignes et couvre-sols, qui peuvent être ligneux ou herbacés.
J’ai été stupéfait par leur méconnaissance et me suis senti insulté par leur réaction arrogante, comme si j’étais en quelque sorte incohérent dans ma présentation. Ils ont voté sur mon projet et l’ont approuvé à l’unanimité. Cependant, peu de temps après, j’ai remis en main propre une dernière lettre à l’un des membres fondateurs dans laquelle je réitérais ma demande qu’ils remédient aux deux problèmes susmentionnés qu’ils avaient occasionnés aux tilleuls aux Chartreux. Je recevrais bientôt un courriel m’informant qu’en raison de mon agressivité, ils avaient décidé de révoquer leur autorisation, exprimant une fausse inquiétude que je ternirais leur réputation auprès de Didier Jau et du curé de l’église. L’implication était que j’avais été agressif avec eux, ce qu’ils savent être faux. J’ai supposé que la vraie raison était qu’ils craignaient que je puisse dire à Didier Jau qu’ils n’étaient pas qualifiés.
Cela m’a fourni une justification commode pour me libérer de mon projet car tant de facteurs négatifs m’avaient finalement persuadé qu’il serait sage d’abandonner l’idée de planter des couvre-sols à l’église Saint Michel.
Quelques semaines plus tard, lorsque j’ai parlé avec Didier Jau (qui me connaît de nom) d’articles pertinents de mon blog, notamment des plaques métalliques autour des platanes de la Canebière ainsi que de la menace de la plante invasive Oxalis pes-caprae, j’ai mentionné Marseille en Transition sans rien dire de défavorable. C’était le maire de secteur qui a évoqué la future rencontre qu’il aurait avec les membres en colère du CIQ aux Chartreux.
En tant que paysagiste professionnel consciencieux, soucieux du respect des bonnes pratiques horticoles et d’une planification soignée et réfléchie, ma présence à Marseille en Transition leur posait problème. Je constituais une menace pour leur approche amateur et mes critiques inévitables, qui révéleraient leurs déficiences et les embarrasseraient. Ainsi, non seulement ils ont annulé l’approbation de mon projet proposé à Camas, mais ils m’ont expulsé de leur association.
Si mon engagement bénévole à Marseille s’est avéré frustrant et m’a laissé désillusionné, mon engagement sur la Côte Bleue a été, en revanche, plutôt positif et gratifiant. Contrairement à Marseille, là-bas je suis apprécié par presque tous les habitants et les randonneurs européens. Pendant que je travaille, les gens s’arrêtent fréquemment pour me complimenter, exprimant à quel point ils sont impressionnés par la qualité et la beauté de mon travail de restauration, à quel point l’expérience que j’ai créée est agréable.
Mon enlèvement minutieux des débris de deux bâtiments détruits jonchant le paysage, de verre et d’autres détritus dans le vallon des Anthénors en 2020 a été relaté dans un article de La Provence: “Aux Anthénors, un Californien nettoie les calanques”. Ma rénovation complète du sentier côtier et de restauration de la nature depuis La Redonne jusqu’à la descente vers Figuières a été saluée par le CIQ de La Madrague de Gignac dans leur newsletter. Mes efforts pour éliminer les graffitis à La Redonne et Les Anthénors ont été honorés dans une récente publication Facebook par le CIQ de La Redonne.
Il y a quelques semaines, j’ai été contacté par l’ancien premier adjoint d’Ensues-La Redonne et candidat actuel à l’élection du printemps prochain à la mairie. Il a exprimé qu’il voulait “apprendre de moi”. Dans la calanque des Anthénors, nous avons discuté pendant environ deux heures. Il s’est montré très réceptif à mes recommandations, à mon analyse de diverses préoccupations et même à mes critiques sur les lacunes de la mairie.
Des mondes à part de Marseille en Transition qui a rejeté toute critique valide et nécessaire. Wouldn’t want legitimate horticultural issues to intrude on the feel-good ambience and saving the planet consensus. Leur défaut fatal est de ne pas faire preuve d’une véritable introspection et de ne pas reconnaître qu’il faut posséder un certain degré de maîtrise sur un sujet avant de se vanter d’en être capable. Au vu des résultats, comment peut-on les prendre au sérieux?
Planter avec succès des couvre-sols à proximité immédiate d’arbres peut être une entreprise difficile, parfois impossible. Les conditions du sol créées par les arbres, surtout les plus matures, peuvent être défavorables à l’implantation de couvre-sols. La concurrence avec des systèmes racinaires denses, superficiels et voraces est problématique; le tilleul en est un bon exemple. En revanche, des couvre-sols importants, comme de grands arbustes, qui concurrencent l’eau et les nutriments dans la zone racinaire d’un arbre en développement, peuvent réduire son taux de croissance.
Les espèces d’arbres alléopathiques peuvent nuire chimiquement les plantes qui poussent à leur pied. Les sols très secs et l’ombre dense peuvent être défavorables comme sous les conifères.
Le choix des plantes est limité non seulement par des contraintes horticoles, mais aussi par des considérations d’aménagement. Les petits espaces, comme les fosses d’arbres, sont difficiles à aménager si l’on veut éviter de devoir tailler sévèrement et déformer des plantes qui deviennent régulièrement trop grandes, les réduisant à des topiaires ou des haies, ce qui n’est pas esthétique.
Par conséquent, compte tenu du niveau d’expertise et d’expérience nécessaire pour concevoir des paysages attrayants et faciles à gérer autour des arbres, il est étonnant que les autorités locales autorisent et même encouragent les initiatives des résidents à s’engager dans ce domaine, sans s’assurer que les acteurs soient suffisamment qualifiés et dévoués. Les résultats sont généralement mauvais, voire catastrophiques.
Les lacunes de cette politique sont particulièrement évidentes dans mon quartier sur le boulevard Eugène Pierre, juste au sud du boulevard Chave, où des commerçants, tous jardiniers novices, ont été autorisés à “embellir des fosses d’arbres”. Ces paysages mal conçus et négligés ne constituent guère une amélioration, comme l’illustrent les photos suivantes. L’ensemble manque totalement d’unité, car chaque jardinière est unique et ne contient aucune répétition des mêmes plantes dans les autres jardinières.



Remarquez que la vilaine barrière a probablement été partiellement détruite côté rue.





Une fois de plus, la barrière basse a été considérablement endommagée. Quel manque de respect !
Peut-être pour décourager les gens de traverser les puits d’arbres, de nouveaux arbres sont souvent plantés dans des lits surélevés avec des bordures en bois primitives qui semblent temporaires. Après plusieurs années, le bois se décomposera et les planches disparaîtront. Le sol qui n’est plus contenu va s’éroder sur les côtés et des pentes vont se développer. L’eau de pluie, surtout lors de fortes averses, au lieu de s’infiltrer dans le sol, sera perdue en grande partie et ruissellera sur le trottoir et la rue. Tant de choses me laissent perplexe lorsque j’analyse les pratiques horticoles d’ici.
La seul aménagement paysager de fosses arborées planifié et entretenu par des habitants à Marseille que je peux apprécier dans une certaine mesure se trouve sur le boulevard Chave, juste un peu à l’ouest du boulevard Eugène Pierre. Créé par le professeur de musique de l’Espace Moz’Art, il lutte depuis plusieurs années pour protéger trois puits d’arbres paysagers contre le mépris local pour les espaces verts.
Du point de vue de l’aménagement paysager, les arbustes sont hors d’échelle pour les petits espaces; ils sont trop hauts pour servir de couvre-sols et masquent trop les troncs des micocouliers. Sur le plan horticole, aussi, cela peut poser problème. La végétation haute et dense qui recouvre le tronc d’un arbre empêche la circulation de l’air et la pénétration de la lumière du soleil, ce qui peut prévenir le séchage de l’écorce humide, une condition favorable aux champignons.




1) Dodonea viscosa, originaire du sud-ouest des États-Unis, une plante à croissance rapide de 3 à 5 m de haut, étroite lorsqu’elle est jeune, mais finalement de 3 à 5 m de large.
2) Nerium oleander, 3-4+m de haut, moins en largeur, les variétés naines sont disponibles.
3) Lantana camara, 2m x 2-3 m.
Une taille lourde régulière , qui a déjà commencé, sera nécessaire pour limiter la croissance.

Juste à côté des quatre paysages de puits d’arbre du professeur de piano il y a une abomination qui ne devrait pas exister : une jardinière élevée autour d’un arbre existant qui pourrait même à la longue le tuer. Voir mon traitement approfondi de ce sujet dans mon article; “Les arbres enterrés: une tendance”.

Ma critique sévère des plantations près des arbres trouverait des échos aux États-Unis où les professionnels et les personnes éduquées en horticulture seraient également dégoûtées. En quelques heures de recherche, je n’ai pas pu trouver une seule photo d’un arbre immédiatement entouré de plantes dépassant même 1 mètre de hauteur. Les paysages artistiques soigneusement conçus auxquels j’étais habitué en Californie et ailleurs me manquent.

Sidewalk Plantings | NYC Street Design Manual
www.nycstreetdesign.info › landscape › sidewalk-plantings

Los Angeles, où j’ai vécu enfant.
Streets LA Bureau of Street Services for the city of Los Angeles

deeproot.com

Good-Natured Landscapes

Better Homes and Gatdens magazine
Au cours des dernières années de réflexion sur le projet de plantation de couvre-sols à l’Eglise St Michel, mon débat interne a été particulièrement influencé par les développements des deux grands projets d’aménagement paysager de la Métropole non loin de mon voisinage: la place Jean Jaurès et le boulevard Sakakini sur Le Jarret, tous deux très fréquentés. Ce que j’ai observé a été dissuasif et a été significatif dans ma décision d’abandonner l’idée.
Le niveau de destruction des nouveaux paysages de La Plaine a été révoltant à voir. Les couvre-sols autour des arbres ont disparu dans une large mesure, piétinés à mort, arrachés, et même tués par des boîtes de marchandises placées sur eux les jours de marché. Branches d’arbres et d’arbustes brisés. Des graffitis omniprésents, même sur des arbres. Déchets partout.

Photo: 26 mai 2022.

C’est un problème culturel généralisé ici.
Il y a quelques jours, j’ai reproché à une employée d’un commerce du boulevard Chave qui place quotidiennement une pancarte et une pile de chaises juste au-dessus des couvre-sols plantés il y a un mois par la Métropole dans un puit d’arbre juste à l’est du boulevard Eugène Pierre. Elle a dit que que c’était un autre employé qui était responsable. Elle a enlevé la pancarte placée en plein milieu d’une sarriette, Satureja montana, mais pas les chaises. Il était évident qu’elle n’appréciait pas du tout mon intervention dans cette culture du laisser-faire absolu et qu’elle s’en fichait royalement. Depuis, la pancarte a retrouvé sa place contre l’arbre et la sarriette a disparu.
Photo: 26 mai 2022.



Voir mon étude “Les Magnolia grandiflora à Marseille” dans laquelle j’examine le triste sort de ces arbres ainsi que la rénovation de la place. Photo: 14 août 2023.

Remarquez que les troncs des quatre magnolias ont été énormément enterrés par le sol, ce qui, en plus de la coupure des racines, accélérera le déclin des magnolias. Voir mon étude, “Les arbres enterrés:: une tendance”. Photo: 26 mai 2022.
Depuis six ans, j’analyse la rénovation paysagère du blvd Sakakini / blvd Françoise Duparc (5ème), qui couvre le fleuve Le Jarret. Dans le cadre de mon projet théorique d’aménagement paysager à l’église Saint-Michel, les nouveaux paysages de cet axe routier très fréquenté seraient instructifs en termes d’idées de conception et de réussite des différentes plantes couvre-sol. De plus, j’étais particulièrement intéressé par la manière dont le public interagissait avec ces nouveaux espaces verts, comme à La Plaine.
Tout en approuvant la requalification à bien des égards, comme celle de la Place Jean Jaurès, de nombreux points restent problématiques. Les arbres et arbustes sont souvent trop rapprochés. Les exemples les plus flagrants des arbres sont deux micocouliers devant l’hôpital La Timone, rue Saint-Pierre, plantés à seulement 5 mètres d’écart, avec un lampadaire au milieu et un feu de circulation à deux mètres, et des féviers d’Amérique espacés de seulement trois mètres devant le Super U. Plus de vingt nouveaux arbres ont été plantés en dessous ou à la limite de la couronne des arbres matures. Ici, les paysages sont rarement conçus en fonction de leur évolution à maturité.
Consultez mon article, “Elagage horriblement répréhensible dans les espaces publics à Marseille”, dans lequel j’aborde l’espacement des plantes sur le Jarret ainsi que comme appendice, les espacements recommandés pour les arbres de rue dans de nombreuses villes en Amérique du Nord.
Parce que les villes nord-américaines souhaitent toutes promouvoir la santé, la longévité et la beauté des arbres tout en étant économiques, objectifs considérés comme essentiels dans la planification et la réglementation des arbres de rue, l’espacement recommandé entre les arbres individuels vise à éviter un chevauchement excessif de la canopée à maturité. La densité des arbres accroît la concurrence pour la lumière, les nutriments et l’eau dans un environnement principalement pavé, donc hostile, tant au-dessus qu’en dessous du sol, ce qui les affaiblit et les rend plus vulnérables aux maladies, et au dépérissement et à la chute des branches. Et dans les climats particulièrement arides, les arbres non irrigués devraient être encore plus espacés pour assurer leur survie et leur vitalité.
À Marseille, les considérations mentionnées précédemment sont moins prioritaires que l’obtention de résultats rapides. Et face à l’atténuation des températures dans le contexte d’un îlot de chaleur urbain, la priorité est désormais donnée à une plantation dense afin de maximiser le couvert végétal et de réduire le réchauffement dû au rayonnement solaire. Cependant, étant donné que l’augmentation de la densité des arbres peut entraîner une augmentation du nombre d’arbres en mauvaise santé, qui sont des thermorégulateurs moins efficaces en raison d’un feuillage plus clairsemé et d’un refroidissement par transpiration foliaire réduit, l’augmentation marginale de la canopée globale pourrait même être contre-productive pour l’atténuation de la température.
Un autre problème majeur est que l’entretien régulier essentiel ne se fait pas. Des arbres indésirables se sont implantés spontanément et ils sont sont devenus énormes et seront difficiles à enlever. Au moins 25 fosses d’arbres ont été envahies par l’ailante, un arbre exotique extrêmement envahissant; il est bien tard pour tenter de l’éradiquer car si on le coupe il drageonnera abondamment partout. Il en va de même pour des mauvaises herbes. Les paysages sont devenus affreux, victimes de négligence ces dernières années. Quel gâchis!










Les impacts négatifs du public sur les paysages sont conséquents : barrières basses endommagées à répétition par des délinquants, puis occasionnellement réparées par la Métropole; plantes piétinées et/ou volées ; et fosses d’arbres réduites à des poubelles que sont rarement nettoyées.
Au cours de mes visites fréquentes des paysages du Jarret, je n’ai jamais rencontré personne qui s’arrête pour regarder ou admirer les plantes. Il y a: plusieurs variétés de cistes, y compris Cistus ladanifer; deux espèces d’euphorbes; la sauge Salvia x jamensis ‘Violette de Loire’; l’arbre Grevillea robusta (d’Australie); le chêne à feuilles de châtaignier, Quercus castaneifolia (de Perse), etc.
Tout comme les projets d’aménagement paysager présentés précédemment dans mon quartier qui souffrent constamment de mauvais traitements de la part du public, Le Jarret s’est finalement révélé extrêmement décourageant pour moi.
Cette année, sur la Place Sébastopol, un nouveau paysage a été installé, servant de point de référence supplémentaire pour observer
l’interaction humaine avec les plantations d’un espace vert du quartier, désormais le plus proche de l’église et avec un public similaire.
Le Nouveau design naturaliste ( un nom que j’ai inventé) est malheureusement devenu le nouvel ordre révolutionnaire local et le grand public est en train d’être endoctriné. Puisque cette approche de conception rudimentaire ne nécessite aucune expertise autre que la sélection initiale d’un assortiment de plusieurs espèces complémentaires tolérantes à la sécheresse, en particulier des plantes indigènes de la garrigue et du maquis, lors de la récente rénovation de la Place Sebastopol, les bénévoles du quartier ont simplement reçu entre dix et vingt plantes de chaque espèce et ont été entièrement chargés de la conception. Le design est simplement un jeu d’enfant. Ridicule à mon avis!
Je soutiens néanmoins les objectifs du projet. Détestant la monopolisation de l’espace public rare par le stationnement automobile, je suis favorable (dans l’abstrait mais beaucoup moins dans les détails) à la transformation de cette partie du parking en espace partiellement vert où les gens peuvent sociabiliser et les enfants peuvent jouer, malgré la compression du marché en plein air.
Découragé de participer personnellement aux séances précédentes de consultation publique parce que mon expérience antérieure m’a appris que je serais toujours considéré comme un étranger dont les opinions et les connaissances auront beaucoup moins de poids, j’étais quand même curieux de voir le résultat. Donc, tôt le samedi matin de la plantation, je suis allé à la place pour observer le processus. J’ai à peine été surpris de découvrir que la planification était inexistante et qu’il n’y avait pas de processus cohérent. La ville avait livré les espèces suivantes à traiter selon la conception spontanée des volontaires assemblés:
Salvia rosmarinus, romarin. Dimensions matures : 1m x 1-2 m.
Myrtus communis, myrte. 2-4 m x 2-4 m.
Cistus monspeliensis. ciste de Montpellier. 1m x 1 m.
Euphorbia characias, euphorbe de garrigues. 1m x 1m.
Gaura lindheimeri, gaura. 1m x 1m.
Hippocrepis emberus, coronille des jardins. 1,5m x 1,5m.
Trachelospermum jasminoides, jasmin étoilé. 4-6 m x 2-4 m.
J’ai appris qu’aucun des participants n’avait de compétence. Après m’être présenté auprès de la responsable comme paysagiste professionnel à la retraite, j’ai décliné son invitation à participer au placement aléatoire des plantes imposées pour remplir les plates-bandes dans une conception amorphe. Pour moi, le processus de conception est critique et presque toujours long et laborieux. Il faut un plan détaillé à l’échelle sur papier d’abord.
Donc, je rejette catégoriquement cette approche non planifiée. Un jardin ornemental est conçu de manière abstraite, une composition sculpturale d’éléments individuels, les plantes étant choisies pour remplir des fonctions spécifiques, en harmonie structurelle et esthétique, conçu non pas pour des résultats instantanés mais avec un développement futur soigneusement étudié. C’est le design qui détermine le choix des plantes et non l’inverse comme ici.
Quand j’ai vu 13 jasmins étoilés sur des tuteurs, j’ai été complètement perplexe. Je me suis dit : “je me demande comment ils vont les utiliser” et j’ai ri de cette absurdité, comme l’aurait fait n’importe qui issu de cultures horticoles plus avancées, même vaguement familier avec les jardins d’ornement. Deux jasmins étoilés ont été plantés près des troncs de deux tilleuls, mais face au Mistral et sans support structurel supplémentaire ils n’arriveront pas à s’attacher au troncs. Les autres étaient massés au centre des grandes plates-bandes. Bizarre. Quoi faire? Pas de bonne solution évidente.
Bien sûr, il ne leur serait jamais venu à l’esprit que le jasmin étoilé, comme de nombreuses plantes grimpantes, pouvait être utilisé comme un excellent couvre-sol à grande échelle, nécessitant peu d’entretien, une pratique inconnue ici. La seule utilisation du jasmin étoilé comme couvre-sol à Marseille, selon mes connaissances, se trouve dans un jardin que j’ai rénové dans le quartier de Vauban. Je l’ ai planté pour recouvrir le sol autour de palmiers méditerranéens, Chamaerops humilis, à côté de cannas, et pour dévaler un mur de pierre, une restanque.
Je viens de planter un jasmin étoilé chez moi dans un pot au bord d’une fenêtre, dressé non pas pour grimper, mais pour tomber en cascade le long du mur, pour compléter le romarin en cascade, Salvia rosmarinus ‘Repens’ dans la fenêtre adjacente.
Les treize jasmins étoilés auraient pu être plantés comme couvre-sol dans la jardinière surélevée du côté nord, sous les deux oliviers et les deux tilleuls.

Il aurait été bien préférable de ne planter qu’un seul olivier plutôt que deux. Un seul olivier placé au milieu aurait pu pousser plus haut et plus large, tandis que les deux oliviers serrés au milieu des tilleuls nécessitent une taille sévère et régulière pour limiter leur développement. La surplantation est très coûteuse, tant au départ qu’à long terme. Malheureusement, tous les nouveaux aménagements paysagers ici sont ridiculement surplantés.
Les bénévoles du quartier de Sébastopol ont accompli leur tâche en plantant les plantes qui leur étaient fournies afin de remplir densément les plates-bandes avec des plantes combinées de manière aléatoire. Ne sachant pas comment intégrer le jasmin étoilé dans ce paysage, ils les ont placés au centre.

Dans la nature, on trouve souvent des masses de forme irrégulière composées principalement d’une seule espèce qui se ressèment abondamment à proximité immédiate.
Photo le 17 avril 2025.

La terre importée, qui est une argile calcaire lourde et mal drainée, pourrait être inhospitalière pour certaines des espèces plantées. De nombreux arbustes n’ont pas été plantés au niveau du sol, mais ont été enterrés, la pratique courante ici qui peut être fatale. Photo le 17 avril 2025.
Regardons maintenant comment le nouveau paysage s’est développé un peu plus de 8 mois plus tard. Environ la moitié des plantes ont déjà péri, certaines en raison d’un sol argileux mal drainé et fortement compacté et beaucoup à cause de l’abus humain, principalement le piétinement.


Une fois j’ai réprimandé un groupe de jeunes bobos qui laissaient leurs petits enfants courir dans les parterres, piétinant les plantes, mais ils n’étaient pas du tout réceptifs. Deux fois j’ai agi de même concernant des chiens qui s’aventuraient dans les parterres pour uriner sur les arbres, et j’avais correctement anticipé que leurs propriétaires seraient eux aussi indifférents et incompréhensifs. Photo le 1 janvier 2026.

Autrefois, tous les petits puits d’arbres autour des tilleuls étaient pavés jusqu’aux troncs, ce qui contribuait à une mauvaise santé globale et à plusieurs décès.


Comme précédemment à La Plaine et au Jarret, être témoin du niveau de malveillance des paysages de la Place Sébastopol m’a profondément découragé.
Conclusion
Rétrospectivement, je sais que j’avais été irréaliste en poursuivant un projet d’aménagement paysager à l’Eglise Saint-Michel, initialement autour de six, puis neuf féviers d’Amérique. J’avais espéré qu’avec l’émergence d’une certaine conscience écologique et la gentrification de mon quartier, il y aurait une évolution dans le respect des espaces verts. Je savais, mais je ne voulais pas pleinement admettre, que le rapport aux espaces verts et à la nature en général, à la propreté et au recyclage, évoluerait extrêmement lentement dans cette culture marseillaise stagnante. Le taux de recyclage à Marseille reste relativement faible, estimé à 10 %. D’après une vaste enquête européenne, Marseille se classe troisième ville la plus sale d’Europe, derrière Palerme et Rome.
J’ai essayé de minimiser les nombreux facteurs négatifs, mais plus j’en apprenais en expérimentant, en observant et en analysant les espaces verts de Marseille, en particulier ceux qui entourent l’église, plus il devenait impossible de me convaincre que cela en vaudrait la peine. J’aurais pu faire des améliorations significatives, mais le processus, avec tant d’obstacles à franchir, aurait été pénible, et j’aurais été constamment préoccupé par la protection des jardins de puits d’arbres et la réparation des inévitables dommages.
Mon bénévolat sur la Côte Bleue, dans un contexte bien plus positif et enrichissant, me cause déjà assez de frustration et d’inquiétude. Je ne souhaite pas avoir à supporter un stress supplémentaire que Marseille pourrait engendrer. La majorité des Marseillais remarqueraient à peine de telles améliorations; pire, il y a pas mal d’habitants qui méprisent les espaces verts, y compris des vandales qui prennent un plaisir malsain à dégrader et à détruire l’espace public.
La liste des obstacles, des difficultés et des aspects négatifs est longue. Permettez-moi de les énumérer ci-dessous:
1) L’exigence non satisfaite d’appartenir à un groupe de quartier, à un collectif ou à une association responsable du projet.
2) L’approbation de et la coordination avec la mairie du secteur, l’église et le CIQ.
3) La recherche de sources de financement.
4) L’accès à une source d’eau pour l’irrigation sur place, soit depuis l’église, soit depuis d’une vanne située dans la rue.
5) La nécessité d’ériger des barrières en bois imposantes, mais peu esthétiques, pour dissuader les intrusions de personnes et de chiens et ainsi limiter les dégâts.
6) La sélection rigoureuse de variétés de plantes capables de survivre à la fois dans des sols fortement compactés et pollués et face aux mauvais traitements humains.
7 ) Le stationnement illégal de motos aux abords des féviers d’Amérique, le long du côté sud-est de la Place de l’Archange, qui a commencé il y a seulement quelques années, et qui entrave la circulation des piétons et nuirait esthétiquement à toute amélioration des paysages.
8) Le stationnement illégal de voitures aux abords des féviers d’Amérique, sur plus de la moitié du côté est de la Place de l’Archange, qui a repris il y a quelques années après une période d’interdiction de stationnement.
9) Les gens qui pensent qu’il est tout à fait normal de laisser leurs chiens et leurs enfants franchir les clôtures basses et abîmer les plantes.
10) Les déchets jetés tous les jours dans les puits d’arbres, notamment des mégots de cigarettes et des capsules de bouteilles de bière.
11) Le risque de graffitis fréquents sur les planches des barrières en bois et sur les troncs des arbres, qui ne seraient pas effacés par la métropole.

Il y a quelques années, ce côté de la place avait été transformé en parking illégal pour motos, obligeant les piétons à les contourner en slalom.
Il y a quelques mois, j’ai commencé à mener une enquête informelle auprès des propriétaires de chiens, leur demandant s’ils empêcheraient leurs chiens de sauter par-dessus une barrière hypothétique pour accéder à de nouvelles plantations de couvre-sol. Après que trois personnes d’affilée ont affirmé qu’elles ne contrôleraient absolument pas leurs chiens, j’ai suspendu mon enquête.
En même temps j’ai informé plusieurs motocyclistes qu’il y avait deux parkings réservés aux motos à moins de 50 mètres et qu’il était illégal de se garer sur la place, gênant ainsi les piétons, mais aucun n’a été réceptif. Bien sûr, la ville ne fait aucun effort pour faire respecter la loi.
Et à part moi, personne ne se plaint car tout est permis.


Rien n’est sacré pour les taggers. Les églises et les arbres ne sont pas à l’abri de la défiguration. Le 6 juin 2025, l’entrée de l’Église St Michel a été vandalisée avec des graffitis dans ce qui était perçu comme un crime haineux. Le lendemain, tous les graffitis ont été enlevés des surfaces pavées et des marches par sablage.

La loupe basale du tronc de ce platane à l’Eglise St. Michel mesure 1,80 mètres.


Addendum 13 (le 22 janvier 2025)
Ma décision, après des années d’hésitation, d’abandonner définitivement le projet d’embellissement de la place de l’Archange par la plantation de couvre-sols sous les féviers d’Amérique a reçu une confirmation supplémentaire la semaine dernière quand des arboristes sont venus pour faire une taille fonctionnelle drastique où l’esthétique n’était guère la priorité.
Ils ont supprimé toutes les branches basses situées assez haut dans les arbres afin de créer un dégagement très important pour le passage des véhicules et ils ont éliminé ou fortement raccourci toutes les branches proches de la façade de l’église. Des mesures d’élagage extrêmes contribuant au déclin esthétique.
Regardez les photos suivantes des arbres pathétiques.
Dans la première photo le févier d’Amérique au premier plan vient d’être dépouillé de toutes ses branches latérales, comme dans une zone de guerre avec seulement le tronc survivant au bombardement.
Aussi, pour une raison quelconque, l’arbre a deux méristèmes apicaux co-dominants très proches, ce qui est laid. L’un des deux leaders centraux aurait dû être conservé et l’autre éliminé pendant que l’arbre était encore en développement dans le pot.
En plus d’être totalement déformé par l’amputation de ses branches, cet arbre présente un autre aspect artificiel, ce qui est courant dans les nouveaux paysages de Marseille en raison de la plantation de spécimens d’arbres initialement très grands, qui sont mal placés dans des espaces confinés, sous des arbres matures, trop près d’autres arbres, de bâtiments, etc.. Dans de telles situations, l’arbre nouvellement planté, avec un tronc droit et vertical, s’adapte à son nouvel environnement en poussant vers l’extérieur, en s’inclinant à un angle important à la recherche de lumière, ce qui entraîne une courbure prononcée et artificielle du tronc à 3 ou 4 mètres de hauteur. Un argument, parmi beaucoup d’autres, en faveur de la plantation d’arbres plus petits.
Ne se portant pas bien du tout à la surface, sous terre cet arbre pourrait être en danger. Rappelons qu’il y a quatre ans, c’est l’arbre dont le collet racinaire avait été planté à 30 cm de profondeur, ce qui a provoqué la pourriture de l’écorce et des fissures verticales, ouvrant un chemin pour les agents pathogènes.
L’arbre à l’arrière-plan est rabougri de façon permanente, probablement à cause du revêtement imperméable qui s’étend jusqu’au tronc. Il a plus de 25 ans.


À quoi cela servirait-il de tenter d’embellir la place en plantant des couvre-sols alors que les arbres sont régulièrement rendus de plus en plus laids par une taille horrible ? A rien.